jeudi 21 janvier 2010

Des stages à la masse

Avec la mise en place de la masterisation des concours, les pires craintes se confirment. Dans quelques mois, à peine reçus au Capes, de nouveaux profs feront leur entrée dans les classes, à temps plein et sans préparation spécifique. Ils n'auront droit ensuite qu'à un peu de pédagogie et vogue la galère.
Sous le titre "Formation des maîtres : une décision hallucinante !", le Snes de Montpellier explique sur son
site le dispositif mis en place à la prochaine rentrée par le Rectorat pour les profs débutants, toujours appelés "fonctionnaires stagiaires" pour leur première année d'exercice, mais sans être en condition de stage. Le dispositif, qui tient de l'usine à gaz, a été baptisé non sans ironie "stages massés".
Les profs stagiaires seront donc affectés sur un poste de 18 heures pour les certifiés, 15 pour les agrégés. Jusqu'aux vacances de la Toussaint, ils seront "en responsabilité" devant leur classe, en présence d'un enseignant tuteur. Mais pendant ce temps, ce tuteur, qui laissera ses propres classes, devra, lui, être remplacé par un T.Z.R. ou, plus vraisemblablement, par un vacataire recruté au sein de la cohorte de ceux qui auront échoué au concours. Ce tuteur ne reprendra bien sûr ses classes qu'au début du mois de... novembre. De la rentrée de la Toussaint à février, le prof stagiaire se retrouvera seul face à ses élèves pour trois mois d'intenses réjouissances. Ce n'est qu'en février qu'il aura droit à une formation pédagogique de cinq à six semaines, au sein d'un I.U.F.M. ou d'un autre "opérateur" (?). Mais alors, c'est lui qui devra être remplacé. Pas de panique : on fera alors appel à des étudiants de master 2 qui auront réussi la première partie de leur concours (organisée en début de M2, la seconde partie étant prévue à la fin) et qui seront volontaires pour un stage. Les élèves se retrouveront donc face à un nouvel intervenant encore plus inexpérimenté que leur prof habituel. Cool ! Un mois et demi plus tard tout rentrera dans l'ordre : le prof stagiaire, dont les compétences pédagogiques auront été renforcées retrouvera avec bonheur ses ouailles et tout ce beau monde finira gaiement l'année, une période dont tout le monde sait qu'elle n'est pas la plus facile.

Non, ce n'est pas un gag ! Il y a bien quelque part dans le ministère de l'Education Nationale des cerveaux malades qui agissent pour le plus grand bien des élèves. Le Snes de Montpellier a en effet calculé que dans cette seule académie, "à raison de 4 ou 5 classes de 30 élèves [par prof débutant] au moins 30 000 élèves changeront plusieurs fois de professeurs avec pour l'essentiel un stagiaire et... un étudiant". A quand une épreuve de chaises musicales aux concours ? Plus que jamais il est urgent de faire cesser le massacre.

o.g.

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