lundi 31 mai 2010

Chronique d'un massacre annoncé

Les inspecteurs d'académie viennent de recevoir leurs feuilles de route pour l'année prochaine. Objectif prioritaire : trouver les moyens de supprimer encore plus de postes. Qu'on se le dise, pas un établissement ne sera épargné car ça va taper dur et tous azimuts. Parmi les solutions privilégiées par le ministère et transmises à ses zélotes :
- l'augmentation du nombre d'élèves par classe au collège car "il n’est pas démontré en effet que la taille des classes ait un effet probant sur la réussite des élèves" ;
- la fermeture des petits collèges car, "outre le coût de ces établissements pour les finances publiques (État et collectivités territoriales), cette situation peut nuire à la qualité de la formation dispensée : isolement des enseignants, multiplication des services partagés, difficulté à monter financièrement des projets pédagogiques, difficulté de faire intervenir des partenaires" ;
- réduire de manière drastique le nombre de décharges horaires ;
- supprimer les I.D.D. là où ils existent encore ;
- profiter de la mise en oeuvre de la réforme des lycées pour économiser le plus possible sur les D.H.G.

On ne manque pas d'imagination chez Chatel pour saigner à blanc l'Education nationale. Et le manque de réaction des profs incite à aller plus loin encore...

dimanche 30 mai 2010

Les vautours se préparent

La réforme de la masterisation et la disparition de l'année de stage pour les jeunes professeurs qui débuteront leur carrière en septembre prochain va faire des heureux. Forprof, une société avignonnaise propose déjà des stages payants pour ceux qui souhaiteraient se préparer à leur première journée de classe. La première session, intitulée « stage de prise en main de gestion de votre première classe », devrait se tenir du 23 au 27 août prochains. L'accroche est sans appel : « vous allez réussir le concours de juin 2010 et, dès le 1er septembre 2010, vous allez vous retrouver devant une classe sans avoir été préparé techniquement à faire ce métier. Or, prendre une classe en main sans formation est difficile, voire risqué ». Trop heureux du cadeau en or que lui fait le ministère, le responsable commercial de Forprof se réjouit : « ce stage est une nouvelle offre pour pallier les carences qui vont apparaître avec la disparition des IUFM. On essaie de se substituer à l’année de PE2 pour accompagner les jeunes profs. Car les futurs lauréats des concours ont fait un stage ou deux à droite à gauche et vont être catapultés dans une classe sans aucun recul ». Au dessus de lui, le directeur adjoint est encore plus lucide et cynique : « envoyer les profs devant une classe sans formation, ça va être un carnage. » Bien évidemment, suppléer l'Education nationale a un coût : 600 euros, plus encore 600 euros si le stagiaire veut bénéficier d’un « coaching pédagogique personnalisé ». D'autres stages intitulés "bien vivre sa classe" sont prévus pour les vacances de Toussaint, de février et de Pâques. Heureusement pour eux, Chatel a promis de revaloriser d'autant les salaires des débutants.

Waka désespéré

Après le ridiculissime lip dup "Tous ceux qui veulent changer le monde", l'U.M.P. rame à nouveau en direction de la jeunesse en ouvrant un waka (canoë en maori). Conçu par le ministère des Djeuns, sous la houlette de M.-P. Daubresse, un des nombreux ministres à l'inutilité que compte le gouvernent Fillon, le site n'a coûté que 2 millions d'euros, lesquels sont allés directement dans les caisses de la radio Skyrock, propriétaire la plateforme waka. Une broutille en ces temps de crise, au regard des services rendus par ce nouvel outil de propagande gouvernementale. Pour Thierry Saussez le grand manitou de la communication sarkozienne, «c’est un outil de communication avant tout, mais [il] aimerai[t] en faire un vrai service d’orientation où les jeunes puissent échanger entre eux sur leur parcours, qu’ils se donnent leurs trucs, leurs recettes». Comme il est spécifié en exergue de la page d'accueil : "exprime-toi pour que ça bouge". Mais que trouve-t-on sur ce waka ? Trop top ! De quoi kiffer grave : une présentation des "top mesures" du gouvernement, des forums de discussion sur des sujets d'actualité comme par exemple le sport au collège et au lycée, tout plein de rubriques et des sondages trop cool sur la santé, le logement, l'argent, les transports, internet, la famille, la planète, les "projets Pro", des tas de liens en rapport avec ces thèmes, mais surtout pas de politique, l'ensemble étant rédigé, trop grav' !, dans un langage djeun branché à l'excès, à grands renforts de tutoiement et de fautes de syntaxe, le tout renforcé par des commentaires truffés de fautes d'ortographe... car le parti présidentiel sait être proche des électeurs de demain. Yooo ! Faisons un petit tour sur la page sondage, dans la rubrique études et formation :
- "Des cours de remise à niveau pendant les vacances scolaires pour ceux qui veulent se réorienter en cours d'année, t'en penses quoi ?" Trois réponses possibles : "c'est top" (53 %) ; "c'est bof" ; "ça marcherait pas".
- "Les internats d'excellence, ça te tente ?" Cinq réponses proposées : "grave" (22 %); "vite fait" ; "pas du tout" (31 %) ; "j'ai déjà de bonnes conditions pour étudier" ; "j'ai fini l'école".
- "Ton bahut t'a déjà empêché de porter un vêtement ou un accessoire ?" "non" (56 %) ; "oui" (44 %).
- Pire, dans la rubrique "projet pro" : "trouver du taf pour toi c'est... Chaud, faisable, fastoche ou j'en ai jamais cherché " ; "chaud" à 45 %.
- Du côté d'"internet", ça donne par exemple : " Internet au bahut, tu t'en sers pour quoi ? Pour taffer (36%), pour passer le temps (24 %), je me connecte jamais au bahut (24 %), je suis plus au bahut.

Tout le reste est à l'encan, y compris les très nombreux commentaires laissés par les innombrables visiteurs. Quand de faux djeuns parlent à de faux djeuns, ça donne du waka... et pour du waka c'est du bon gros waka.

jeudi 27 mai 2010

Contre la réforme des retraites

Au moins 2600 manifestants dans les rues de Bourg-au-Bresse pour dénoncer la réforme des retraites envisagée par le gouvernement et sa politique de l'emploi. Mais les enseignants n'étaient pas les plus nombreux, malgré un taux de grévistes de 45 % dans le secondaire dans notre région, très nettement au dessus des improbables 16 % annoncés par le ministère. Dans l'ensemble du pays les manifestations auraient rassemblé un million de manifestants selon la C.G.T., une mobilisation que Luc Chatel, coiffé de sa casquette de porte-parole, s'est empressé de qualifier de "faible". "Le gouvernement ne fait aucun triomphalisme mais cette mobilisation témoigne de la validité de sa méthode, faite d'écoute, de dialogue et de détermination pour mettre en marche une réforme juste et équilibrée" a-t-il ajouté.

Le collège de Ceyzériat s'invite chez l'I.A.

Plus d'élèves à la rentrée mais moins d'heures de cours ! L'équation a du mal à passer chez les parents d'élèves et professeurs du collège de Ceyzériat. Reçus début mars par l'inspecteur d'académie, ils n'avaient pas été entendus. Le 3 mai, ils avaient donc occupé le collège. Hier, une vingtaine d'entre eux se sont « invités » pacifiquement à l'Inspection académique, en forçant gentiment l'accès. La secrétaire générale, Joëlle Lanot, a alors accepté de les écouter sans pour autant calmer leurs inquiétudes. « Il y a actuellement 450 élèves et officiellement ils seront 484 à la rentrée, explique Emmanuel Hyvernat, le président du conseil local de la FCPE. Mais ils seront sans doute 490, et même 505 avec les UPI, élèves en grande difficulté, et pourtant la dotation globale horaire baissera de 70 h environ ! ». « L'Académie dit que c'est le ministère qui donne tant d'heures, et qu'il faut privilégier des zones en difficulté comme Oyonnax. On nous dit clairement que nos enfants seraient des privilégiés » s'insurge Jérome Bergeret, secrétaire local de la FCPE. Professeure de français non remplacée quatre semaines, « disparition » en 5e d'une heure de cours obligatoire, les parents n'ont pas eu plus de réponses sur leurs autres doléances.
(source : Le Progrès, 27 mai 2010)

mercredi 26 mai 2010

Vive le sport !

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Crime de lèse-majesté au collège

Ce n'est pas une chaussure mais une bouteille d'eau qui a été lancée hier contre Notre Majesté par un turbulent sauvageon, alors qu'il venait d'entrer sous bonne escorte dans la cour du collège Charles Fauqueux de Beauvais. La visite impériale ayant une fois de plus pour but d'agiter les deux épouvantails de la violence scolaire et de l'absentéisme, Son Altesse a été servie. Heureusement le projectile ne contenait que de l'eau et non de l'acide comme les mini-bombes qui sont parfois jetées dans les enceintes des établissements par quelques adeptes des TP de chimie.

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Aujourd'hui le principal du collège fait savoir que le lanceur sera "bien sûr sanctionné". Encore faut-il l'identifier car, pour le moment, le jeune héros est resté sourd à l'invitation qui lui a été faite de se dénoncer. Mais "à l'aide de la vidéo, nous faisons tout pour retrouver l'élève et il sera sanctionné", tonne le principal qui annonce également qu'il rédigera pour sa part une "lettre ouverte" à l'intention des élèves. Tenant à "sortir par le haut de cet incident" il affirme son intention de "s'en servir pour progresser sur la question du respect". "Il faut saisir toutes les opportunités quand elles se présentent" Message reçu 5/5 et par anticipation par notre apprenti Ravaillac.

mardi 25 mai 2010

Vive le sport !

Jamais en panne d'idées notre bon ami Chatel. La dernière en date est rapportée aujourd'hui dans Le Parisien / Aujourd'hui en France. Il s'agit d'expérimenter de nouveaux rythmes scolaires à partir de la rentrée prochaine dans une centaine de collèges et de lycées volontaires, trois ou quatre par académie. S'inspirant du modèle allemand, Chatel propose que les élèves puissent consacrer davantage de temps aux activités sportives. Les établissements retenus pour cette expérience devront donc aménager leurs emplois du temps pour concentrer sur toutes les matinées de la semaine les 25 à 30 heures de cours hebdomadaires (EPS comprise) prévus par les textes officiels, pour dégager entièrement les après-midi. Deux solutions pour réussir ce tour de force : faire commencer les élèves à 6 h. le matin ou allonger la durée de l'année scolaire, donc raccourcir les vacances. Autres problèmes : les équipements sportifs existants sont-ils assez nombreux et ont-ils la capacité d'accueillir tous les élèves ? Les municipalités auront-elles partout le moyens de répondre à cette nouvelle demande de l'Etat, sachant que le ministère n'entend pas attribuer plus de 5000 € par établissement ? Et qui financera les tranports souvent indispensables pour conduire les élèves au gymnase, au stade ou à la piscine ? Des questions auxquelles, bien entndu, le ministre ne répond pas....

dimanche 23 mai 2010

L'école selon Marianne

(Marianne, 15-21 mai 2010)
(source : Le Canard enchaîné,19 mai 2010)

jeudi 20 mai 2010

L'Huppe en lutte

Opération collège mort aujourd'hui à Montrevel. La totalité des profs du collège de l'huppe et plus de 740 élèves sur 750 ont fait l'école buissonnière pour protester contre la réduction de la D.H.G. et les conditions dans lesquelles se prépare la rentrée de septembre.En fin d'après-midi un rasssemblement a eu lieu devant le collège et un cortège de manifestants est allé bloquer le principal carrefour du village, perturbant la circulation sur la route de Bourg-en-Bresse à l'heure des sorties de bureaux. Ensemble, parents et enseignants du collège de l'huppe dénoncent une D.H.G. ramenée à 811 heures au lieu des 856 qui seraient nécessaires à la prochaine rentrée - d'où un non respect des horaires légaux (- 12 heures) - la suppression d'une classe, l'alourdissement des effectifs en 6e et en 4e, la suppression d'un poste de maths, la disparition des I.D.D. en 4e et la remise en cause de nombreuses activités pédagogiques. Non à l'entourl'huppe !

(photo : Le Progrès, 21 mai 2010)

mardi 18 mai 2010

Chatel recharge la sulfateuse

Il se murmure dans les milieux bien informés que le ministère de l'Education nationale, qui a râclé jusqu'à l'os les collèges et promis de ne pas trop toucher aux lycées de peur de voir les lycéens descendre dans les rues, ne sait plus où trouver 16.000 nouveaux postes à désintégrer à la rentrée 2011 (c’est le chiffre actuellement évoqué). Chatel demanderait donc aux rectorats de lui proposer spontanément des tombereaux de postes à supprimer. Aussi les zélés recteurs ont-ils chargé les inspecteurs d'académie de "dégager les gisements d'emploi possibles". Parmi les solutions proposées, on évoque déjà l'augmentation du nombre d’élèves par classe (30 en collège, 40 en lycée ?), la suppression des formations (déjà bien engagée), l'embauche accrue de vacataires pour assurer les remplacements , la suppression de tous les postes non pourvus, la diminution de la scolarisation ou des places aux concours, le transfert des précaires à qui veut bien les payer, et plein d'autres belles idées de ce genre.

Quien habla espanol ?

Comment devenir professeur d'espagnol en 24 heures chrono, sans aucune expérience d'enseignement et sans aucun diplôme d'espagnol, mais avec... le BAFA équitation. Idéal pour jouer les picadores. Avec l'Education nationale et Pôle Emploi tout devient possible, même le pire. Olé !

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(source : M6, 66 Minutes, 6 mai 2010)

samedi 15 mai 2010

Carte sur table

(source : Le Canard Enchaîné, 12 mai 2010)

vendredi 14 mai 2010

Saint-Laurent : école occupée

Mercredi matin, à Saint-Laurent-sur-Saône, des parents d'élèves ont bloqué l'entrée de l'école Jules Verne pour protester contre le non remplacement de la maîtresse de moyenne et grande sections de maternelle. Les élèves de cette classe avaient déjà eu le droit à une semaine supplémentaire de vacances de printemps, l'institution ayant été incapable de pourvoir au remplacement de l'enseignante, avant de se rabattre sur une solution boîteuse en ne faisant intervenir une remplaçante que le matin. Ce remplacement à mi-temps étant jugé inacceptable par les parents d'élèves, ils ont fait signer une pétition et décidé de bloquer l'entrée de l'école mercredi matin. Mme Devertu, inspectrice de l'Education nationale, est alors intervenue et a promis d'apporter une réponse satisfaisante dès lundi en assurant qu'un nouvel enseignant devrait alors assurer le remplacement à temps plein de la maîtresse absente. Assurer un remplacement en mois de 80 jours... pari gagné.

(photo : Mâcon Infos, 12 mai 2010)

jeudi 13 mai 2010

Les comptes de la cour

C'est le constat dramatique d'un dysfonctionnement généralisé, de la maternelle à la fin du lycée, que tire la Cour des comptes de son analyse du système scolaire français. Présenté mercredi 12 mai lors d'une conférence de presse, le rapport de la Cour (200 pages), intitulé "L'éducation nationale face à l'objectif de la réussite de tous les élèves", repose sur deux ans d'auditions des meilleurs spécialistes de notre système éducatif et une enquête de terrain dans 60 établissements de six académies (Aix-Marseille, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Orléans-Tours, Montpellier, Paris et Versailles), ainsi qu'en Ecosse, Espagne et Suisse.
Contrairement à ce que pensent nombre de Français de leur école – et malgré un budget qui est le premier de l'Etat –, la politique de l'éducation nationale aggrave les inégalités et produit trop souvent de l'échec. Un constat dû en grande partie au fait que le système impose et empile d'en haut ses directives et ses réformes sans tenir compte des besoins de l'élève ni vérifier leur efficacité sur le terrain.
Un échec aussi à aller chercher dans le fait que "l'école secondaire est encore gérée sur la base de décrets datant de 1950, quand on avait 5 % de bacheliers !" Pour inverser la tendance et renouer avec la "réussite de tous les élèves", le rapport préconise de placer enfin réellement l'élève "au cœur du système", notamment en tenant compte de ses manques et de ses besoins.
D'autre part, en changeant radicalement d'approche dans la gestion du système : "il est désormais impératif de remplacer la logique de l'offre scolaire – qui repose sur des moyens alloués en fonction des programmes : tant d'heures de cours, qui signifient tant d'enseignants, qui signifient tel budget –, par une logique fondée sur la demande, c'est-à-dire sur une connaissance nettement plus précise des besoins des élèves", insiste le rapport.
Au cours de leur enquête, menée de fin 2007 à septembre 2009, les conseillers de la troisième chambre ont ressenti "un grand intérêt du terrain, qui supplie que ça bouge, mais aussi un fort découragement et épuisement devant les effets d'annonce".
En conclusion, le rapport de la Cour énumère 13 propositions réparties en quatre grands chapitres. Elles vont de la reforme de la gestion du système éducatif à la révision de l'organisation des emplois du temps et des rythmes scolaires, en passant par la réorganisation des classes (quels élèves dans quelles classes ?), l'affectation des enseignants (quels enseignants devant quels élèves ?) et une refonte de l'aide apportée aux élèves en difficulté.
Une nouvelle gouvernance
Le rapport de la Cour des comptes, pointe un "hiatus" important entre les coûts et les performances de notre école : "la France est le pays de l'OCDE où le retard scolaire à 15 ans est le plus important (…), un de ceux où les écarts de résultats entre élèves se sont le plus accrus [et] où l'impact de l'origine sociale sur les résultats des élèves est le plus élevé ", souligne le rapport.
Si elle continue de la sorte, elle ne pourra jamais atteindre ses objectifs de 80 % d'une classe d'âge au niveau du bac et 50 % avec un diplôme du supérieur. Aujourd'hui, la France est loin du compte, avec seulement 25 % d'une classe d'âge au niveau de la licence (bac + 3). Pour lutter contre l'échec scolaire, le rapport propose "d'accroître le financement du traitement de la difficulté scolaire à l'école primaire", où commence à se construire l'échec.
Il souligne aussi l'importance de "mettre fin à une allocation des moyens uniforme", sans prise en compte des écarts et des objectifs entre établissements. "Entre un lycée qui a 100 % de réussite au bac et un autre qui n'a que 40 % de réussite, il n'y a que 10 % d'écart dans les moyens horaires alloués", dénonce la Cour. Elle remarque au passage que le ministère ne connaît même pas précisément les coûts de sa politique de lutte contre l'échec, "ce qui empêche de déterminer quels dispositifs doivent être maintenus ou supprimés".

S'adapter aux besoins de l'élève
Dans ce domaine, tout est à revoir car l'élève, qui est prétendument au centre du système, est en fait "le dernier servi", dénonce la Cour. A commencer par le temps et les rythmes scolaires qui ne lui sont absolument pas adaptés. Surtout pour ceux déjà en difficulté, qui peuvent dépasser la journée de six heures de cours quand ils ont aussi à suivre ceux de soutien scolaire, en sus des heures de cours ordinaires.
Les redoublements, qui sont le plus souvent inefficaces et coûteux, devraient être revus à la baisse et les économies ainsi faites allouées "au financement d'actions d'accompagnement personnalisé". Il faut "arrêter de dire que tous les élèves doivent avoir le même nombre d'heures de mathématiques et que le soutien est le même pour tout le monde", martèle Jean Picq. Pour le président de la troisième chambre de la Cour des comptes, rédactrice du rapport, "l'égalitarisme de notre système maintient l'inégalité". La composition des classes est aussi visée par le rapport, qui note que leur "hétérogénéité est plus vécue comme une contrainte que comme un objectif louable".
La Cour pointe encore du doigt une orientation qui se fait par défaut et sur la base de l'échec. La troisième chambre, confirme ce qu'elle avait été la première à pointer, dans un précédent rapport : le risque de ghettoïsation des établissements les plus difficiles qui voient fuir leurs meilleurs élèves du fait de l'assouplissement de la carte scolaire.
Des enseignants plus efficaces
Dans son rapport, la Cour relève que l'affectation des enseignants n'est pas faite en fonction de leurs compétences et des élèves qu'ils auront en face d'eux. Il faut, dit-elle, "définir un cadre réglementaire conforme à la diversité de leurs missions" : enseignement disciplinaire, mais aussi coordination des équipes pédagogiques, accompagnement personnalisé (suivi, aide méthodologique, dispositids spécifiques, conseil en orientation…). "Un accord annuel arrêté entre les enseignants et les responsables des établissements [devrait] définir les modalités pratiques de répartition de ces missions", estime le rapport.
Des établissements responsabilisés
La Cour demande "que ce soient les équipes pédagogiques qui déterminent les modalités de répartition des moyens d'enseignement et d'accompagnement personnalisé". Une mesure révolutionnaire que le ministère ne peut accepter, car elle reviendrait à le destituer.
Enfin, elle propose de systématiser les affectations "sur profil" des responsables et des enseignants des établissements les plus difficiles, et de les évaluer à partir des "bonnes pratiques relevées en France et à l'étranger".
Le rapport de la Cour sort une semaine après celui de l'Institut Montaigne sur l'école primaire. Beaucoup plus complet, il enfonce le même clou : la réforme de fond en comble de notre système scolaire est urgente. Surtout quand on est supposé élaborer une société de la connaissance.
Reste à savoir si le ministère aura le courage de s'y atteler, tant le changement de cap implique de changements en matière de politique éducative.

(source : Marc Dupuis, Le Monde, 12 mai 2010)

Sacrées vacances

«Oh Luc Chatel, un conseil : ne touche pas à nos grandes vacances...»
La mobilisation commence à s'organiser via Facebook, collégiens et lycéens n'entendant pas se faire sucrer une partie de leurs vacances d'été. Alors que rien n'est fait, loin de là.
Alors, ça non, on ne touche pas aux vacances d'été. C'est S.A.C.R.É. Depuis mi-avril, la mobilisation est en train de s'organiser via Facebook, le réseau préféré des ados. Plusieurs «groupes» se créent, sur le mode : « pour que Sarko ne retire pas un mois de vacances» ou «Oh Luc Chatel, un conseil : ne touche surtout pas à nos grandes vacances...». Ou plus institutionnel, avec près de 1000 fans au compteur : « Contre la réduction des vacances d'été».
Lundi, la mobilisation a dépassé l'espace virtuel avec des manifestations spontanées à Evreux et Cahors. Et pourrait bien toucher d'autres villes dans les semaines à venir, plusieurs messages appelant à la mobilisation sur Facebook. «Nous ne laisserons pas Chatel réduire nos vacances d'été, merci de vous mobiliser et de recommander le groupe à tous vos amis», lit-on. Pourtant, l'idée de raccourcir les vacances d'été, récurrente, n'est qu'une piste de réflexion. Rien de bien avancé.
Depuis des lustres, revient régulièrement sur le tapis la question du rythme scolaire. Encore plus depuis la suppression de la classe le samedi matin... Avec cette particularité bien française : les écoliers de l'Hexagone ont les journées les plus remplies et le moins de jours de classe des pays européens. Ainsi, l'institut Montaigne, think-tank libéral, préconisait dans un récent rapport de réduire les vacances d'été de deux semaines au primaire.
Lors des états généraux sur la sécurité à l'école en avril, le ministre de l'Education Luc Chatel annonçait «une conférence nationale sur le rythme scolaire en juin», pour tout remettre à plat : la semaine et la journée de classe, mais aussi les vacances qui pourraient être raccourcies afin d'avoir une année scolaire plus étalée. Le ministre n'a pas précisé si seul le primaire était visé, ou si la réflexion englobait aussi le secondaire.
Sur Facebook, le débat est déjà engagé, avec une écrasante majorité de «contre», à l'image de Camille qui considère qu'«on travaille 300 heures de plus que les autres pays par an ! Ils disent qui vont raccourcir les journées OK mais après s'ils enlèvent des vacances ça revient au même !». Gessie balance : « par contre Sarko, ses vacances sur son yacht (...) il ne va pas se les raccourcir c'est sûr
En cherchant bien, on trouve une petite poignée de «pour», comme Anaïs-Claire qui peste sec : « «Haha vous vous croyez malin avec vos blocus de merde ! Vous croyez pas que on a pas assez de vacances ? Réfléchissez un peu, s'il nous enlève un mois, on finira plus tôt, ce qui est logique... Vous avez quel âge pour réagir comme ça ? 10 ans ? Tsss ...»
(source : Libération, 12 mai 2010)

mercredi 12 mai 2010

Quel avenir pour l'I.U.F.M. de Bourg ?

L'Institut universitaire de formation des maîtres perd l'exclusivité de sa compétence. Son avenir immédiat à Bourg n'est pas menacé, il continuera à former les futurs professeurs.
C'est l'heure de l'interrogation. Que devient un Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) quand une réforme pose que tout étudiant en bac +5 peut passer le très sacré concours de recrutement des professeurs des écoles (CRPE) ? Réponse : il se mue en une université au sens « classique » du terme, perdant son exclusivité. Le site de Bourg-en-Bresse, qui dépend de l'Université Lyon 1, ne fait pas exception.
Déjà touché l'an passé par la réduction du nombre de postes - ses effectifs sont passés de 420 étudiants à 310 -, le grand bâtiment de la rue Général Delestraint devrait se vider encore un peu en 2010-2011. La baisse se situera dans une fourchette large « entre 50 et 70 % » selon Georges Combier, le directeur.
Pour autant, la pérennité de l'IUFM burgien ne serait pas en danger, du moins « pas dans l'immédiat. Les élus et le président de Lyon 1 ont réaffirmé leur attachement à la logique territoriale ». Dès la rentrée prochaine, le centre de Bourg proposera un master « Métiers de l'enseignement scolaire, de la formation et de la culture » dont la vocation est aussi de ne laisser aucun écolier sur le bord du chemin. Georges Combier insiste sur cette dimension : « Nous allons les former à des spécialités (sciences, technologies, santé, etc.). Le but est d'éviter que les étudiants non-admis au concours ne se retrouvent dans une impasse et puissent se réorienter. » Quant aux débouchés effectifs de ces spécialités, le responsable burgien en convient, « tout reste à inventer ».
Deux stages de quatre semaines figurent au programme des masters 1 et 2. Le premier sera consacré à de l'observation. Le second, rémunéré à hauteur de 3 000 euros, placera les étudiants en position de responsabilité dans une classe. Enfin pas tous. « Seulement ceux qui auront réussi les écrits… » Et les autres dans tout ça ? Là encore, Georges Combier reconnaît qu'il y a comme un flou. « D'autres stages devraient être possibles. Mais on ignore encore s'ils seront rémunérés. »
« La formation sur le terrain ne sera pas à la hauteur de ce qu'apportait la deuxième année d'IUFM avant », prédit Pascal Desmaris de l'Unsa éducation. « Cette réforme sert, à court terme à faire l'économie de la rémunération des stagiaires (payés auparavant 20 000 euros pendant un an) et, à long terme, à montrer de façon insidieuse, que l'école publique ne fonctionne plus. Et donc qu'une privatisation serait utile… »

(source : Antoine Delsart, Le Progrès, 12 mai 2010)

samedi 8 mai 2010

Le nouveau catéchisme du prof

Les petits veinards qui, dans le cadre de la masterisation des concours essuieront l'année prochaine les plâtres des capes et Agreg nouvelle formule auront la chance depouvoir mesurer leur aptitude à devenir de bons fonctionnaires bien zélés. En effet, lors de l'oral d'admission, ils devront passer une épreuve joliment intitulée "Agir en fonctionnaire de l'Etat et de façon éthique et responsable". Fichtre. Mais de quoi s'agit-il ? Le Journal Officiel explique que le candidat devra répondre "pendant dix minutes à une question à partir d'un document (puis suit un entretien de dix minutes avec le jury) . La question et le document portent sur les thématiques regroupées autour des connaissances, des capacités et des attitudes définies dans le point 3 sur les compétences professionnelles des maîtres". Mais de quelles compétences est-il question ? Sachez mécréants que "tout professeur contribue à la formation sociale et civique des élèves. En tant qu'agent de l'Etat, il fait preuve de conscience professionnelle et suit des principes déontologiques : il respecte et fait respecter la personne de chaque élève ; il respecte et fait respecter la liberté d'opinion ; il est attentif à développer une attitude d'objectivité ; il connaît et fait respecter les principes de la laïcité". Aussi nos candidats seront interrogés sur des thèmes aussi essentiels que les valeurs de la République et les textes qui les fondent, les institutions (État et collectivités territoriales) qui définissent et mettent en oeuvre la politique éducative de la nation, les grands principes du droit de la fonction publique et le code de l'éducation, le système éducatif, ses acteurs et les dispositifs spécifiques. Et pas question de faire la moindre impasse car l'épreuve compte pour 6 point sur 20 au Capes et pour 4 points à l'agrégation, tandis qu'un zéro est éliminatoire, même pour celui qui se serait magistralement illustré lors des épreuves disciplinaires. Bonne moralité, obéissance, dévouement à l'institution et absence d'esprit critique seront donc les vertus cardinales des profs de demain. Quant aux vertus théologales, beaucoup d'entre nous les ont déjà perdues.

Retrouvez des exemples de sujets et entraînez-vous à bien "agir en fonctionnaire de l'Etat" sur http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article3741 ; édifiant !

"L'histoire est un perpétuel recommencement"

L'annonce de la suppression de l'histoire-géo en terminale S dans le cadre de la réforme des lycées avait déjà fait beaucoup de bruit. Voilà maintenant qu'une semaine après la publication tardive des programmes de seconde au bulletin officiel, les profs d'histoire viennent d'apprendre que les éditeurs ne seront pas en mesure de leur proposer de nouveaux manuels d'ici le mois de septembre, compte tenu des délais de conception et de fabrication des ouvrages. Il va donc falloir attendre que le premier trimestre soit bien entamé avant de disposer des supports pédagogiques indispensables à l'enseignement de cette noble discipline. Pas de panique dit-on au ministère, les profs n'auront qu'à s'adapter... une fois de plus. En attendant, ressortez donc vos bons vieux Malet et Isaac. Comme le disait ce bon vieux Thucydide, "l'histoire est un perpétuel recommencement", ça ne change pas beaucoup et c'est toujours la même chose ! Heureusement, au collège, les manuels pour traiter les nouveaux programmes de cinquième sont fin prêts. Le problème, c'est que les dotations pour les acheter seront encore très insuffisantes et que, comme pour les sixièmes cette année, tous les élèves ne pourront pas en avoir. La faute à la crise, sûrement.

mercredi 5 mai 2010

22 !

Le délire sécuritaire de Notre Souverain Protecteur ira-t-il jusqu'à la criminalisation de l'absentéisme scolaire ? Les adeptes de l'école buissonnière n'ont qu'à bien se tenir. C'est désormais officiel : dès la quatrième absence injustifiée, leurs parents seront privés d'allocations familiales. "On va créer un fichier des décrocheurs, qui va faire parler" a fanfaronné notre fier-à-bras devant les préfets, recteurs et inspecteurs d'académie convoqués ce jour au Palais pour y recevoir les consignes impériales, confirmant ainsi la mise en place du "fichier de décrocheurs" promis il y a quelques jours afin de recenser les élèves quittant la scolarité à 16 ans, soit 150 000 délinquants potentiels qui se trouveront désormais à portée de Karcher. En attendant qu'ils soient tous jetés au fond d'une geôle, le Pinot de l'Elysée a confirmé également l'affectation prochaine d'un petit poulet, pas nécessairement bressan, dans chacun des 53 établissements étiquetés "particulièrement difficiles" par le ministère de l'Intérieur. Ailleurs, on devrait voir se multiplier les caméras de vidéosurveillance, les portiques et les clôtures, tandis que les effectifs des équipes mobiles de sécurité - le G.I.G.N. de Chatel - devraient être doublés. Dans le même esprit, les dispositifs de sanctions seront renforcés avec une prédilection pour les TIG aux dépens des exclusions. Les élèves "les plus durs", ceux "pour qui on a tout essayé", seront envoyés dans des internats disciplinaires, sortes de boot camps «basés sur l'apprentissage de la règle, le respect de l'autorité [et] le goût de l'effort» destinés à accueillir pour un an tous ceux qui auront été exclus au moins une fois de leur collège d'origine. Les bons sujets, élèves «méritants» issus de milieux défavorisés, ne sont pas oubliés par Notre Souverain Magnanime et pourront bientôt poursuivre leurs études dans un des onze internats d'excellence dont la création a été annoncée. Quant aux profs, méritants ou pas, ils pourront suivre des «modules de tenue de classe», car «tenir une classe, n'est pas une seule affaire de charisme» ; parole d'expert ! Enfin, notre surgé a pris le prétexte de vouloir stabiliser les équipes enseignantes pour autoriser, à titre d'expérimentation, dès la prochaine rentrée, quelques chefs d'établissement à recruter eux-mêmes leurs profs. Qu'on se le dise : face à la violence scolaire "chacun va devoir assumer ses responsabilités". Rompez !

mardi 4 mai 2010

Ceyzériat occupé

(photo : Le Progrès)

Hier, au collège de Ceyzériat, une cinquantaine de parents d'élèves FCPE ont manifesté contre le manque de moyens pour la prochaine rentrée en occupant l'accueil et le standard.